Comprendre
Un régime n’est pas un acte anodin — ce que dit l’ANSES

Un régime amaigrissant n’est pas un geste anodin
Se mettre au régime paraît souvent une décision simple : manger moins, ou manger autrement, pendant quelques semaines. Ce n’est pourtant pas ce que dit l’autorité sanitaire française chargée d’évaluer ces pratiques. Dans son avis de référence sur les régimes amaigrissants (saisine 2009-SA-0099, novembre 2010), l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) est explicite : « L’Anses conclut que la pratique de régimes à visée amaigrissante n’est pas un acte anodin. Le risque d’apparition de conséquences néfastes plus ou moins graves sur la santé ne doit pas être négligé. » Cette page ne cherche pas à dissuader qui que ce soit d’entreprendre une démarche : elle rassemble ce que dit cette autorité, pour que la décision se prenne informée plutôt qu’à l’aveugle.

Ce que l’ANSES observe après un régime : la reprise de poids est la règle
Le premier constat porte sur ce qui se passe une fois le régime terminé. L’ANSES l’énonce sans nuance : « La reprise de poids concerne 80 % des sujets après un an et augmente avec le temps. » Autrement dit, pour la grande majorité des personnes qui suivent un régime amaigrissant, le résultat obtenu pendant la phase de restriction ne se maintient pas dans la durée — et l’écart se creuse encore au-delà de la première année.
Ce constat n’est pas présenté par l’ANSES comme un hasard ou un manque de volonté des personnes concernées. Ce n’est pas non plus une affaire de choix de régime : l’agence ne réserve pas cette observation à une méthode précise, elle la formule au sujet de la pratique du régime amaigrissant en général. L’agence en décrit le mécanisme physiologique, c’est-à-dire ce qui se passe dans le corps et qui explique pourquoi ce chiffre de 80 % n’a rien d’exceptionnel.
Pourquoi le poids revient : le mécanisme décrit par l’ANSES
Selon l’avis de l’ANSES, une perte de poids entraîne une perte de masse maigre, dont la masse musculaire fait partie. Cette perte de masse maigre fait baisser la dépense énergétique de repos, c’est-à-dire l’énergie que le corps consomme au repos pour fonctionner. Conséquence directe, dans les termes de l’agence : les apports énergétiques qui permettent de maintenir le poids après un régime amaigrissant sont inférieurs à ceux qui permettaient de maintenir un poids stable avant ce régime.
En clair, le corps qui a suivi un régime a besoin de moins d’énergie qu’avant pour rester stable au même poids. Continuer à manger comme avant le régime — même sans excès — peut donc suffire à faire reprendre le poids perdu, et parfois davantage. Ce mécanisme explique en partie le chiffre de 80 % cité plus haut : il n’est pas propre à un régime en particulier, il tient à la façon dont l’organisme réagit à toute restriction calorique importante.
Ce point mérite d’être lu attentivement, car il change la nature du problème. Il ne s’agit pas d’un manque de discipline après le régime, mais d’un ajustement du corps lui-même pendant le régime. Le seuil auquel le poids se stabilise n’est plus le même qu’avant la restriction, et rien dans le déroulement du régime ne signale ce changement au moment où il se produit.
L’amaigrissement ne touche pas que la graisse
Le deuxième constat de l’ANSES concerne la nature de ce qui est perdu pendant un régime. L’agence est catégorique sur ce point : « L’amaigrissement ne se fait pas uniquement aux dépens des réserves de masse adipeuse mais conduit rapidement à l’affaiblissement du sujet par perte de masse maigre, notamment musculaire et osseuse, quel que soit le niveau d’apport protéique. » Ce dernier point est important : selon l’ANSES, augmenter les apports en protéines pendant un régime ne suffit pas à empêcher cette perte de masse musculaire et osseuse.
Sur le plan osseux précisément, l’ANSES chiffre l’effet observé : pour une perte de poids de 10 %, il est observé en moyenne une diminution de un à deux pour cent de la densité minérale osseuse. C’est un ordre de grandeur cité par l’agence elle-même, pas une extrapolation.
Ces deux structures, le muscle et l’os, ne se comportent pas de la même façon face à un régime. Hors avis de l’ANSES, c’est un repère de physiologie générale : le muscle se reconstruit avec l’activité physique et des apports suffisants. L’os, en revanche, est un tissu dont la reconstitution est lente : une baisse de densité minérale osseuse observée à un instant donné ne se corrige pas à la même vitesse qu’elle s’est installée. C’est cette différence de rythme qui rend le constat de l’ANSES sur la densité osseuse particulièrement digne d’attention, indépendamment de la méthode de régime suivie.
Ce que dit l’ANSES, en trois points
- La reprise de poids concerne 80 % des sujets après un an, et cette proportion augmente avec le temps.
- La perte de poids ne porte pas que sur la masse grasse : elle touche aussi le muscle et l’os, quel que soit le niveau d’apport en protéines.
- Une perte de poids de 10 % s’accompagne en moyenne d’une baisse de 1 à 2 % de la densité minérale osseuse.
Ce que ces constats impliquent concrètement
| Constat de l’ANSES | Ce que cela signifie pour une décision de régime |
|---|---|
| 80 % de reprise de poids après un an | Un régime pensé comme une parenthèse isolée, sans changement durable des habitudes, a statistiquement peu de chances de tenir dans le temps. |
| Baisse de la dépense énergétique de repos après un régime | Revenir aux apports d’avant le régime, une fois celui-ci terminé, peut suffire à faire reprendre le poids perdu. |
| Perte de masse musculaire et osseuse pendant l’amaigrissement | Un apport protéique plus élevé ne protège pas, à lui seul, contre cette perte. |
| Baisse de la densité minérale osseuse observée | Cet effet concerne l’os, une structure qui se reconstitue lentement — ce n’est pas un effet réversible en quelques semaines. |
⛔ Ce que l’on ne sait pas
Ces constats de l’ANSES portent sur des observations générales, issues de la littérature scientifique disponible au moment de l’avis. Ils ne permettent pas de prédire ce qui se passera pour une personne en particulier : l’ampleur de la reprise de poids, l’importance de la perte de masse musculaire ou osseuse, et la vitesse à laquelle ces phénomènes surviennent varient d’une personne à l’autre selon des facteurs que cette page ne peut pas évaluer à distance. Cette page ne remplace ni un avis médical, ni le suivi d’un(e) diététicien(ne), et ne délivre aucun conseil individualisé.

Ce qui protège, selon l’ANSES : l’activité physique
Face à ces constats, l’ANSES identifie un facteur de protection. Dans son avis, l’agence est directe : « Le principal facteur de stabilisation du poids est l’activité physique dès le début de la restriction calorique et son maintien après cette phase de restriction. » Ce facteur n’agit pas seulement pendant le régime : c’est sa continuité après la phase de restriction qui, selon l’ANSES, en fait le principal levier de stabilisation.
C’est le sens que nous donnons à cette page : informer avant de décider, avec les mots de l’autorité qui a évalué ces pratiques, plutôt que promettre un résultat. Ce facteur de protection n’est pas présenté par l’ANSES comme une option secondaire ou un complément facultatif au régime : il est désigné comme le principal facteur de stabilisation, ce qui le place devant les autres leviers évoqués dans l’avis de l’agence.
Cela ne signifie pas que l’activité physique annule à elle seule les constats précédents. L’ANSES ne présente pas ce facteur comme une garantie, mais comme le levier le plus déterminant parmi ceux qu’elle a identifiés — ce qui invite à le considérer sérieusement dans toute réflexion sur une démarche de perte de poids, dès le début de la restriction et non comme un ajout de dernière minute une fois le régime terminé.
Pour aller plus loin sur des points liés, ce site consacre des pages séparées au déficit calorique, à l’effet yoyo, et au plateau de perte de poids. Pour un accompagnement personnalisé, la page diététicienne en ligne présente une mise en relation avec un professionnel.
Ce site ne remplace pas un avis médical
Les informations de cette page sont d’ordre général et ne constituent pas un conseil individualisé. Avant d’entreprendre une démarche de perte de poids, l’avis d’un médecin ou d’un(e) diététicien(ne) reste la référence pour une situation personnelle.
Si vous ou un proche traversez des difficultés avec l’alimentation, Anorexie Boulimie Info Écoute répond au 0 810 037 037 (0,06 €/min + prix d’un appel local), les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 16 h à 18 h, hors jours fériés. Plus d’informations sur ffab.fr. En dehors de ces horaires, ou en cas d’urgence, contactez le 15 ou le 112.

Julien Roche
Rédacteur · alimentation saine, gestion du poids
Couvre la gestion du poids sur la durée : plateaux, reprises, rythme de vie, activité physique. Compare les méthodes sur ce qu’elles demandent et sur ce qui les fait lâcher, sans jamais promettre de résultat chiffré. Écrit sous pseudonyme depuis 2020 : voir notre page « qui écrit ici ».
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