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Comprendre

Surpoids, obésité : ce que les mots recouvrent

Des chaussures de marche posées sur un trottoir mouillé par la pluie

Des mots qu’on emploie sans les définir

Surpoids, obésité, IMC, tour de taille : ces mots reviennent dans toutes les conversations sur le poids, mais rarement avec leur définition exacte. Cette page ne donne aucun conseil et ne pose aucun diagnostic — elle explique ce que ces termes désignent réellement, d’où viennent leurs seuils, et surtout ce qu’ils ne peuvent pas dire d’une personne en particulier.

Ce sont des mots de statistique et de santé publique, construits pour classer de grands ensembles de personnes, avant d’être devenus un vocabulaire de tous les jours. Connaître leur définition exacte, c’est aussi connaître leurs limites — et éviter de leur faire dire, à propos d’une personne précise, ce qu’ils n’ont jamais été conçus pour dire.

L’IMC, une formule simple

L’indice de masse corporelle (IMC) se calcule en divisant le poids, exprimé en kilogrammes, par le carré de la taille, exprimée en mètres. C’est un rapport arithmétique, rien de plus : il ne mesure ni la masse grasse, ni la masse musculaire, ni la façon dont cette masse est répartie sur le corps. Cette simplicité explique sa diffusion : le calcul ne demande ni matériel spécialisé ni examen clinique, ce qui en fait un outil pratique pour observer de grandes populations dans le temps et les comparer entre pays. Pour faire le calcul sur votre propre taille et votre propre poids, la page calculer son IMC propose l’outil.

Les seuils retenus par l’OMS

Chez l’adulte, l’Organisation mondiale de la santé retient les seuils d’IMC suivants pour distinguer des catégories de population. Ces catégories s’échelonnent sur une échelle continue : elles ne marquent pas un basculement brutal d’un état à un autre, mais des repères conventionnels sur un même indicateur numérique.

Des chaussures de ville posées sur un trottoir
Catégorie Seuil d’IMC (adulte)
Surpoids ≥ 25
Obésité ≥ 30
Obésité classe I 30 à 34,9
Obésité classe II 35 à 39,9
Obésité classe III ≥ 40

Ces seuils sont ceux de l’adulte. Chez l’enfant et l’adolescent, l’OMS ne les applique pas : la référence est un écart-type par rapport à des courbes de croissance propres à l’âge et au sexe, pas un chiffre fixe. Utiliser les seuils adultes pour un enfant n’a pas de sens, puisque la corpulence attendue à cinq ans, à douze ans ou à dix-huit ans n’est pas la même.

Ce que l’IMC ne mesure pas

C’est le point central à comprendre : l’IMC est un indicateur construit pour observer des populations, pas pour établir un diagnostic sur une personne. L’OMS le formule ainsi : l’indice de masse corporelle est un marqueur indirect de l’adiposité, et des mesures complémentaires, comme le tour de taille, peuvent contribuer au diagnostic de l’obésité.

Concrètement, à IMC identique, deux personnes peuvent avoir une composition corporelle très différente : l’IMC ne distingue pas la masse musculaire de la masse grasse, ni la façon dont cette masse est répartie entre le ventre, les hanches ou les membres. Il ne dit rien non plus d’un état de santé. C’est une convention statistique, pas un verdict.

Ces conventions ont par ailleurs été fixées pour la population adulte générale. Elles ne valent pas telles quelles pour au moins quatre situations.

  • Les enfants et les adolescents, dont la corpulence de référence change avec l’âge et le sexe, comme vu plus haut.
  • La grossesse, période pendant laquelle la composition du corps se modifie de façon attendue et physiologique, ce que le rapport poids/taille seul ne peut pas refléter.
  • Les personnes âgées, chez qui la répartition entre masse musculaire et masse grasse évolue avec le temps, ce qui change la relation entre l’IMC et l’adiposité réelle.
  • Les sportifs à forte masse musculaire, dont l’IMC peut être élevé sans excès de masse grasse, puisque l’IMC ne distingue pas les deux.

Dans ces quatre cas, le chiffre seul ne permet pas de conclure, et son interprétation revient à un professionnel de santé qui dispose d’autres éléments d’appréciation. En dehors de ces situations particulières, la même prudence reste de mise : un IMC est un point de départ pour un professionnel de santé, pas une conclusion en soi.

Le tour de taille, une information différente

Le tour de taille n’est pas une variante de l’IMC : c’est une mesure qui renseigne sur la répartition de la masse sur le corps, une information que le simple rapport poids/taille ne donne pas. Deux personnes de même IMC peuvent avoir un tour de taille très différent, et c’est précisément ce que cette mesure vient documenter.

Les seuils retenus par consensus international (International Diabetes Federation, 2006) pour les populations dites « europides » sont un tour de taille égal ou supérieur à 94 cm chez l’homme, et égal ou supérieur à 80 cm chez la femme — les seuils diffèrent donc selon le sexe, à la différence des seuils d’IMC. Le même texte précise qu’au-delà d’un IMC de 30, l’obésité dite « centrale » peut être considérée comme acquise, sans qu’il soit nécessaire de mesurer le tour de taille. La page tour de taille détaille comment prendre cette mesure.

« The body mass index is a surrogate marker of fatness and additional measurements, such as the waist circumference, can help the diagnosis of obesity. » — Organisation mondiale de la santé

Des catégories de population, pas un jugement sur une personne

Surpoids et obésité sont des catégories construites pour décrire des populations à des fins de santé publique et de recherche. Elles servent à suivre des évolutions dans le temps, à comparer des pays, à orienter des politiques de santé publique. Elles ne sont ni un diagnostic individuel, ni une appréciation morale portée sur quelqu’un.

Se voir attribuer l’un de ces mots à partir d’un seul calcul d’IMC ne dit rien de la santé réelle d’une personne, de son alimentation, de son niveau d’activité, ni de sa valeur en tant qu’individu. Un mot de catégorie appliqué à une personne reste un mot de catégorie : il ne devient ni un diagnostic, ni un jugement, du seul fait qu’on l’applique à quelqu’un. C’est une limite que ces termes portent en eux dès leur origine, et qu’on oublie trop souvent en les employant dans une conversation ordinaire.

Des cageots de fruits et légumes sur un étal de marché

Ce que cette page ne fait pas

Cette page définit des termes ; elle ne pose aucun diagnostic et ne remplace ni un médecin ni un diététicien. Elle ne dit pas si un chiffre particulier, pour une personne donnée, doit inquiéter ou non, ni ce qu’il faudrait en faire — cette appréciation revient à un professionnel de santé, qui dispose d’éléments cliniques que ces définitions ne contiennent pas : antécédents, examen, contexte de vie. Un chiffre d’IMC ou de tour de taille, pris isolément et sans cet examen, ne permet ni de rassurer ni d’inquiéter qui que ce soit.

Le site suivi médical d’une perte de poids explique ce rôle du médecin, et la page déficit calorique définit un autre terme fréquemment utilisé dans ce champ, à consulter avec la même prudence : ce sont des définitions, pas des recommandations à appliquer sans avis médical.

Si vous constatez des malaises ou des vertiges, une fatigue qui ne passe pas, des palpitations, l’arrêt des règles, une perte de cheveux, une perte de poids que vous ne contrôlez plus, ou si vous en venez à vous faire vomir, à prendre des laxatifs ou à ne plus pouvoir penser à autre chose qu’à la nourriture : ces situations relèvent d’un médecin, pas d’un article. En cas de trouble du comportement alimentaire, pour vous-même ou pour un proche, Anorexie Boulimie Info Écoute répond au 0 810 037 037 (0,06 €/min + prix d’un appel local), les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 16 h à 18 h, hors jours fériés ; la Fédération française anorexie boulimie tient à jour ffab.fr. En dehors de ces créneaux, une situation qui ne peut pas attendre relève du 15 ou du 112.

Julien Roche

Rédacteur · alimentation saine, gestion du poids

Couvre la gestion du poids sur la durée : plateaux, reprises, rythme de vie, activité physique. Compare les méthodes sur ce qu’elles demandent et sur ce qui les fait lâcher, sans jamais promettre de résultat chiffré. Écrit sous pseudonyme depuis 2020 : voir notre page « qui écrit ici ».

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