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Méthodes

Compléments minceur : trois phrases légales, un rayon entier

Des bocaux de provisions alignés sur une étagère de cuisine

Un rayon entier, trois phrases

Poussez la porte d’une pharmacie ou ouvrez n’importe quelle page e-commerce : le rayon « minceur » ne désemplit jamais, gélules, poudres, ampoules, infusions. Ce que la plupart des visiteurs ignorent, c’est qu’en France comme dans le reste de l’Union européenne, le nombre de choses qu’un fabricant a le droit d’affirmer sur la perte de poids tient dans trois phrases, mot pour mot, fixées une fois pour toutes par un règlement européen. Tout le reste — l’emballage, le nom du produit, la publicité qui l’accompagne — n’a aucune existence légale propre. Cette page ne compare aucun produit et n’en recommande aucun : elle explique ce décalage entre le rayon et le texte, et donne la méthode pour vérifier soi-même une allégation avant d’y croire.

Un complément alimentaire n’est pas un médicament

Premier point à comprendre avant tout le reste : un complément alimentaire est une denrée alimentaire, pas un médicament. Sa mise sur le marché ne demande aucune autorisation préalable, aucune évaluation d’efficacité, aucun contrôle avant la vente — seulement une déclaration du fabricant à l’administration. Une déclaration n’est ni un contrôle, ni un agrément, ni une preuve que le produit fait ce qu’il annonce. Aucun complément ne fait maigrir à lui seul, et certains sont déconseillés à certaines personnes — notamment les femmes enceintes ou allaitantes, les mineurs et les personnes sous traitement. La question d’une éventuelle interaction avec un médicament se pose systématiquement à votre médecin ou à votre pharmacien, jamais à un site internet.

Des bocaux de placard alignés sur une étagère

Le principe qui gouverne tout : liste fermée, pas liste noire

Le règlement européen sur les allégations nutritionnelles et de santé (règlement (CE) n° 1924/2006) fonctionne à l’envers de ce qu’on imagine spontanément. Ce n’est pas une liste d’interdictions qui grandit au fil des abus constatés : c’est une liste fermée d’autorisations. Le texte est explicite : une allégation de santé est interdite sauf si elle figure sur la liste des allégations autorisées. Ce qui n’y figure pas expressément est interdit — il n’existe aucune zone grise « pas encore interdite » dans laquelle une formule pourrait se loger en attendant d’être retoquée. C’est cette mécanique qui explique pourquoi un rayon entier de produits ne peut légalement s’appuyer que sur trois phrases.

Les trois seules allégations « poids » autorisées dans toute l’Union européenne

Elles sont fixées par le règlement (UE) n° 432/2012 et son annexe. Il n’y en a que trois, et chacune vient avec des conditions d’emploi précises — le fabricant n’a pas le droit de reprendre la phrase sans les conditions qui vont avec.

Allégation autorisée (texte exact) Conditions d’emploi
« Le glucomannane consommé dans le cadre d’un régime hypocalorique contribue à la perte de poids » Réservée à une denrée contenant 1 g de glucomannane par portion quantifiée. L’effet bénéfique suppose une consommation journalière de 3 g de glucomannane, en trois doses de 1 g, prises avec 1 à 2 verres d’eau avant les repas, dans le cadre d’un régime hypocalorique. Un avertissement doit obligatoirement l’accompagner : risque de suffocation en cas de difficultés de déglutition ou d’ingestion avec un fluide inadéquat, d’où la nécessité de le consommer avec beaucoup d’eau.
« Le remplacement de deux des repas principaux constituant la ration journalière d’un régime hypocalorique par des substituts de repas contribue à la perte de poids » Le produit doit respecter une composition précise : une valeur énergétique comprise entre 200 et 250 kcal par repas, plus des critères fixés de matières grasses, protéines, vitamines et minéraux.
« Le remplacement d’un des repas principaux constituant la ration journalière d’un régime hypocalorique par un substitut de repas contribue au maintien du poids après la perte de poids » Mêmes exigences de composition. Un seul des repas principaux de la journée doit être remplacé, et le consommateur doit être informé que le produit s’inscrit dans un régime hypocalorique complété par d’autres aliments.

C’est tout. Rien d’autre, dans le droit européen, ne permet de présenter une substance comme faisant maigrir : ni le thé vert, ni le café vert, ni le garcinia, ni la L-carnitine, ni le CLA, ni la spiruline, ni le vinaigre de cidre, ni le citron, ni l’artichaut, ni le fucus, ni le guarana, ni la caféine, ni le piment ou la capsaïcine, ni le chrome, ni les probiotiques. Un produit peut contenir l’une de ces substances ; ce qu’il n’a pas le droit de faire, c’est d’écrire qu’elle fait perdre du poids.

À noter : le glucomannane porte aussi une allégation distincte, sans rapport avec le poids — le maintien d’une cholestérolémie normale, à un dosage différent (4 g/jour contre 3 g/jour pour l’allégation « poids »). Les deux ne doivent pas être confondues.

Ce que le droit interdit d’écrire, quel que soit le produit

Le même règlement pose des principes généraux qui s’appliquent à toute allégation, autorisée ou non. Une allégation ne doit jamais faire référence au rythme ou à l’importance d’une perte de poids — ce n’est pas une question de preuve, c’est interdit même quand c’est vrai. Elle ne doit jamais s’appuyer sur la recommandation d’un médecin ou d’un professionnel de santé déterminé. Et elle ne doit jamais mentionner des modifications des fonctions corporelles susceptibles d’inspirer des craintes ou d’exploiter de telles craintes — ce qui vise directement l’imagerie que le secteur emploie sans compter.

Un autre texte, le règlement sur l’information des consommateurs, ajoute une règle qui déborde largement le seul champ des allégations « poids » : aucun aliment ni complément ne peut être présenté comme prévenant, traitant ou guérissant une maladie humaine, et cette interdiction s’applique aussi à la publicité. Associer un produit à une maladie précise fait basculer le texte, indépendamment de toute question de perte de poids.

Un carnet et des ustensiles posés sur une table

Le lexique qui trahit une publicité illégale

Certains mots n’ont, par construction, aucune existence légale sur un produit minceur. Les repérer suffit souvent à juger une publicité sans avoir besoin d’aller vérifier un texte de loi. « Brûle-graisses », « brûleur de graisse », « fait fondre la graisse » : aucune substance ne porte cette allégation nulle part dans l’Union européenne. « Détox », « détoxifiant », « élimine les toxines », « draine » : le foie et les reins assurent seuls cette fonction, aucun produit ne fait mieux. « Coupe-faim » attribué à un produit : la seule formulation qui s’en approche légalement est celle du glucomannane, avec l’intégralité de ses conditions d’emploi — jamais le mot seul, jamais isolé de son dosage et de son avertissement. « Calories négatives », « aliments brûle-graisses », « anti-cellulite », « drainant » : aucun fondement réglementaire. Voir l’un de ces mots sur un emballage ou dans une publicité, c’est voir une formulation que le droit ne permet pas.

Comment vérifier une allégation vous-même

La méthode tient en trois questions, dans cet ordre.

  1. L’allégation est-elle l’une des trois ci-dessus, mot pour mot ? Si la phrase s’en écarte — si elle est plus large, plus définitive, ou si elle ajoute un adjectif — elle sort du cadre autorisé.
  2. Les conditions d’emploi sont-elles reproduites ? Une allégation autorisée sans son dosage, sans son mode de consommation ou sans son avertissement n’est pas conforme, même si la phrase elle-même est la bonne.
  3. Le produit relie-t-il l’allégation à une maladie, à un rythme, ou à la caution d’un professionnel de santé nommé ? Si oui, il sort du cadre, quelle que soit par ailleurs l’allégation employée.

Cette vérification peut se faire pour n’importe quel produit vu en rayon ou en publicité, sans connaissance juridique préalable : il suffit de comparer le texte affiché aux trois phrases ci-dessus.

Ce que surveille l’ANSES une fois le produit sur le marché

Comme la mise sur le marché ne demande aucune évaluation préalable, la surveillance se fait après coup, via le dispositif de nutrivigilance de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Elle instruit des signalements d’effets indésirables liés à des compléments alimentaires et peut, sur cette base, recommander des seuils de prudence. Un exemple documenté : dans son avis du 14 mars 2014 sur la p-synéphrine (un composé présent dans l’extrait d’orange amère), l’ANSES a fixé un repère de 20 mg par jour à ne pas dépasser, a constaté que de nombreux compléments commercialisés dépassaient cette valeur, a recommandé de ne pas l’associer à la caféine, et a déconseillé fortement sa consommation aux personnes sous traitement chronique — notamment pour hypertension, maladie cardiaque ou dépression —, aux femmes enceintes ou allaitantes, ainsi qu’aux enfants et adolescents. C’est ce mécanisme, avec les contrôles de la DGCCRF, et non une homologation préalable, qui protège le consommateur une fois le produit en rayon.

Un complément alimentaire peut interagir avec un traitement en cours. Cette question se pose systématiquement à votre médecin ou à votre pharmacien avant toute prise, jamais après. Ce site ne remplace ni l’un ni l’autre, et ne propose aucune recommandation, aucun dosage, ni aucun produit.

Ce que cette page ne fait pas

Cette page ne recommande aucune substance, aucune marque et aucun dosage. Elle ne dit pas ce qui « fonctionne » ni ce qui ne fonctionne pas : elle explique un cadre légal, dans lequel s’inscrit tout produit vendu en France, et donne la méthode pour le lire soi-même. La loi réprime l’exercice illégal de la médecine, y compris à distance : aucune conduite personnalisée, aucun diagnostic, aucune recommandation individualisée ne peut être formulée en dehors d’une consultation avec un professionnel de santé habilité. Pour une question qui concerne votre propre situation, adressez-vous à votre médecin ou à un diététicien — un titre protégé, qui suppose un diplôme, contrairement à « coach en nutrition » ou « conseiller en nutrition ».

Si le rapport à l’alimentation ou au poids devient une source de souffrance, l’accompagnement ne relève plus de cette page. La ligne Anorexie Boulimie Info Écoute répond au 0 810 037 037 (0,06 €/min + prix d’un appel local), les lundi, mardi, jeudi et vendredi de 16 h à 18 h, hors jours fériés ; la Fédération française anorexie boulimie tient une information complémentaire sur ffab.fr. En dehors de ces créneaux, une situation qui ne peut pas attendre relève du 15 ou du 112.

Pour continuer

Le détail des trois allégations autorisées, avec leurs conditions complètes, est repris sur la page dédiée aux allégations minceur autorisées. Deux sujets voisins sont traités séparément : le régime hyperprotéiné et les protéines dans une perte de poids. Les modalités de mise en relation avec des annonceurs figurent sur la page annonceurs.

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Julien Roche

Rédacteur · alimentation saine, gestion du poids

Couvre la gestion du poids sur la durée : plateaux, reprises, rythme de vie, activité physique. Compare les méthodes sur ce qu’elles demandent et sur ce qui les fait lâcher, sans jamais promettre de résultat chiffré. Écrit sous pseudonyme depuis 2020 : voir notre page « qui écrit ici ».

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