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L’activité physique : mauvaise pour perdre, décisive pour tenir

Des chaussures de marche posées sur un trottoir mouillé par la pluie

Le contresens le plus répandu du secteur

La quasi-totalité des programmes de perte de poids vendent l’activité physique comme un accélérateur : plus vous bougez, plus vite ça descendrait. Ce n’est pas ce que met en avant l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES). Dans son avis de saisine 2009-SA-0099, l’agence est explicite : « Le principal facteur de stabilisation du poids est l’activité physique dès le début de la restriction calorique et son maintien après cette phase de restriction. » Son effet sur la perte elle-même est modeste ; c’est surtout un outil de tenue dans la durée — et ces deux choses ne se confondent pas.

Des chaussures de ville posées sur un trottoir
Ce que l’ANSES désigne n’est pas une tenue de sport : c’est ce qu’on porte tous les jours.

Ce que l’ANSES a réellement documenté

Le rapport de l’ANSES part d’un constat que le secteur ne met jamais en avant : la reprise de poids « concerne 80 % des sujets après un an et augmente avec le temps ». Ce n’est pas un échec de volonté, c’est un mécanisme physiologique que l’agence décrit noir sur blanc : une perte de poids entraîne une perte de masse maigre — dont la masse musculaire — et cette perte de masse musculaire abaisse la dépense énergétique de repos. Conséquence directe, dans les termes de l’ANSES : « les apports énergétiques permettant le maintien du poids après un régime amaigrissant sont inférieurs à ceux qui permettaient le maintien d’un poids stable avant ce régime amaigrissant ». Autrement dit, le corps qui a maigri a besoin de moins d’énergie qu’avant pour rester stable, et c’est précisément ce qui rend la stabilisation difficile.

L’ANSES précise aussi que cette perte de masse maigre touche « notamment musculaire et osseuse », et cela « quel que soit le niveau d’apport protéique » — l’alimentation seule ne suffit pas à la prévenir. C’est dans ce contexte précis que l’agence désigne l’activité physique comme le levier qui compte le plus : non pas pendant la phase de restriction pour en accélérer les effets, mais dès son début et surtout après, quand la dépense de repos a déjà baissé et que le risque de reprise est le plus élevé.

Activité physique et sport : deux choses que le secteur confond

C’est la distinction qui manque le plus souvent dans les discours sur le poids, et elle change tout pour qui lit ce que dit vraiment l’ANSES. L’activité physique, c’est monter un escalier plutôt que prendre l’ascenseur, marcher pour se rendre quelque part, porter ses courses, se lever pour aller chercher un objet plutôt que d’appeler quelqu’un, bouger au fil d’une journée ordinaire. Le sport, c’est une séance dédiée, un équipement, souvent un déplacement vers un lieu prévu pour ça — un club, une salle.

Le texte de l’ANSES parle d’« activité physique », pas de « sport ». La différence n’est pas cosmétique : la première est accessible à peu près à tout le monde, y compris à qui n’ira jamais s’inscrire nulle part ; la seconde suppose du temps, parfois un budget, parfois une condition physique déjà là. Confondre les deux revient à faire renoncer, dès le départ, une bonne partie des personnes concernées — alors que ce que l’agence documente ne leur est pas fermé.

Ce que l’ANSES désigne, et ce qu’elle ne désigne pas
Activité physique (ce que documente l’ANSES) Sport (ce qu’elle ne mentionne pas comme condition)
Monter un escalier plutôt que prendre l’ascenseur Une séance programmée dans une salle ou un club
Marcher pour se déplacer au quotidien Un équipement ou une tenue spécifique
Porter ses courses, bouger dans les tâches du quotidien Un abonnement ou une inscription
Accessible dans la journée, sans matériel ni lieu dédié Suppose un créneau, un déplacement, parfois un budget
Une personne monte un escalier d'immeuble le matin, vue de dos
Un escalier, un trajet à pied, des courses portées : c’est déjà de l’activité physique, sans qu’il faille une séance de sport.

Pourquoi ce levier compte surtout après, pas pendant

L’ANSES situe l’activité physique à deux moments : « dès le début de la restriction calorique et son maintien après cette phase de restriction ». Le mot qui pèse le plus dans cette phrase est « maintien ». La phase où la dépense de repos a baissé, où la masse musculaire a été rognée par l’amaigrissement, où les apports nécessaires pour rester stable sont devenus plus bas qu’avant — c’est cette phase-là, après la restriction, que l’agence associe le plus étroitement à l’activité physique. C’est cohérent avec l’angle de ce site : la période qui compte n’est pas le moment où l’on descend, c’est celle, plus longue et moins montrée, où il faut tenir.

Avant de reprendre une activité : ce qui relève du médecin, pas d’un article

Ce texte informe, il ne prescrit rien pour un cas individuel. Reprendre une activité physique après une longue période d’inactivité, ou en présence d’une pathologie cardiaque ou articulaire, ne se décide pas seul à la lecture d’une page web. Dans ces situations, l’avis d’un médecin doit précéder toute reprise : lui seul peut évaluer ce qui est adapté à votre état, à quel rythme et sous quelle surveillance. Ce site ne remplace ni un médecin ni un diététicien, et aucun élément de cette page ne constitue un conseil individualisé.

⛔ Ce qu’on ne sait pas

Ce dossier ne donne aucune dépense énergétique chiffrée par activité (marche, escalier, tâches domestiques) : nous ne l’inventons pas et ne l’affirmerons pas tant qu’une source de ce niveau ne la documente pas. L’ANSES ne précise pas non plus de volume ou de fréquence d’activité physique minimale à atteindre pour bénéficier de cet effet de stabilisation : elle nomme le facteur, pas un seuil. Enfin, l’avis cité date de 2010 : il porte sur le mécanisme physiologique, qui ne se périme pas, mais ce site ne republie aucun chiffre de prévalence tiré de ce même rapport, devenu ancien.

Ce que ça change concrètement

Retenir l’activité physique comme un outil de perte fait juger l’échec sur le mauvais critère, et fait souvent renoncer ceux qui ne feront jamais de sport. Retenir ce que documente réellement l’ANSES change la question posée : non pas « qu’est-ce qui va faire descendre plus vite », mais « qu’est-ce qui va tenir après ». C’est aussi pour cela que la reprise de poids — abordée en détail sur notre page dédiée à l’effet yoyo — et le passage par un plateau ne sont pas des accidents de parcours : ce sont des étapes documentées, qui se travaillent différemment selon qu’on est encore en phase de restriction ou déjà dans la phase de maintien. Pour qui cherche à comprendre le mécanisme du déficit qui précède cette phase, notre page sur le déficit calorique pose les bases ; et pour qui n’envisage pas le sport, notre page perdre du poids sans sport détaille justement cette distinction entre activité physique et sport.

Rien ici ne remplace un avis médical, et rien ne doit être lu comme une consigne à suivre sans en parler d’abord à un professionnel de santé — en particulier si une pathologie ou une longue inactivité entrent en jeu.

À lire ensuite

  • Concrètement, par où reprendre — ce qui casse une reprise, et ce qui la fait tenir.

Vous devez donc adopter une approche progressive et éviter les restrictions brutales. Pour aller plus loin : pratiquer le déficit calorique sainement.

Julien Roche

Rédacteur · alimentation saine, gestion du poids

Couvre la gestion du poids sur la durée : plateaux, reprises, rythme de vie, activité physique. Compare les méthodes sur ce qu’elles demandent et sur ce qui les fait lâcher, sans jamais promettre de résultat chiffré. Écrit sous pseudonyme depuis 2020 : voir notre page « qui écrit ici ».

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